Football aventure des hommes
FERRAN Jacques, Football, aventure des hommes, Paris, La table ronde, 1965, 295p.
« Commencer à Rio son voyage pour l’achever à la porte d’Auteuil et retrouver partout la même attitude des foules et des peuples devant le football, c’est mesurer la puissance de fascination de ce sport et reconnaître qu’il est le jeu favori des hommes ». Celui qui fut longtemps directeur en chef de la rédaction de l’hebdomadaire France Football et auteur d’éditoriaux nous confie dans ces 290 pages sa passion, ses prises de position et aussi ses craintes à propos du football, de son football.
L’ouvrage se compose de cinq parties dans lesquelles Jacques Ferran utilise à la fois ses souvenirs, ses émotions en prenant soin de resituer chaque évènement dans son contexte. Dans le premier acte intitulé « Figures de footballeurs », il choisit des moments forts, à propos de joueurs qui ont marqué l’histoire du football, sur lesquels il revient avec joie (« il faut laisser dribbler Garrincha ») ou malheur, comme la blessure de Fontaine le 1er janvier 1961 qui met fin à sa carrière. Il dédie la seconde partie aux entraîneurs qui ont marqué les années cinquante à soixante, de Batteux à Herrera à travers des moments précieux qu’il a pu partager parfois avec ceux-ci. Il développe ensuite une partie sur l’état du football français du moment, qu’il intitule « entre grandeurs et misères », sans concession certes mais aussi portée par une lueur d’espoir. On part ensuite pour un « voyage en ballon » à travers le monde, tantôt pour redécouvrir le grand Real, tantôt pour suivre l’aventure inconcevable aujourd’hui du club des « Millonarios » de Bogota. Enfin, il finit en évoquant le jeu et les institutions, revenant au passage sur sa propre participation dans l’acte de naissance de la Coupe d’Europe des clubs champions (qui au départ ne l’étaient pas).
Jacques Ferran réussit en mêlant souvenirs et petits extraits d’articles à nous replonger dans le football des années soixante mais aussi dans les doutes de celui-ci à l’époque face à la possibilité de créer un championnat d’Europe des nations pour revaloriser la notion d’équipe nationale. Il finit en se montrant visionnaire, évoquant dès la parution de l’ouvrage en 1965 « la télévision en couleur, transmise par satellite, demain, [qui] diffusera du football à gogo, sans que les fédérations puissent intervenir pour limiter cette concurrence ».
Jacques Ferran revient aussi sur des matchs historiques comme ce match de Coupe d’Europe le 25 décembre 1956 entre le Réal Madrid et l’Etoile rouge de Belgrade, alors que les deux pays avaient rompu toutes relations diplomatiques depuis 1936.
Ainsi, ce voyage dans le monde du football s’avère aussi éclectique que captivant, l’auteur cherchant toujours à respecter les faits tout en faisant partager sa passion. Son désir semble être de faire « considérer ce jeu préféré des hommes comme un des miroirs les plus clairs de notre temps », à faire donc du football « un territoire pour l’histoire » selon la formule d’Alfred Wahl.
Laurent Bocquillon
Université de Nice