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Stefan Kovacs, de la Roumanie à la France

D’abord adjoint de la sélection roumaine alors dirigée par E.Vogel et G.Popescu, Stefan Kovacs, après deux années passées à entraîner le club de Cluj, revient à la Fédération roumaine comme entraîneur des Espoirs, de la sélection B et enfin, en 1964, de la sélection A en collaboration avec Oana, jusqu’en 1967. Durant cette période qu’il consacre au football national roumain, Stefan Kovacs organise de nombreuses réunions entre les entraîneurs et sélectionneurs européens (Helmut Schoen, Albert Batteux, Georges Boulogne…) et noue notamment des premiers contacts avec le football français.

Stefan Kovacs décide cependant de quitter son pays pour prendre la direction des Pays-Bas où il succède à Rinus Michels à la tête de l’Ajax d’Amsterdam. Sous les couleurs rouge et blanche, il poursuit la domination européenne de Cruyff et sa bande et remporte ses premiers grands succès en tant qu’entraîneur (championnat, coupe des Pays-Bas et coupe d’Europe lors de la saison 1971-1972et doublé championnat-coupe d’Europe lors de la saison 1972-1973). Lors de sa deuxième saison aux Pays-Bas, le gouvernement roumain, dirigé par le président Niculae Ceaucescu refuse le prolongement du contrat de travail à l’étranger de Stefan Kovacs, les forces vives du pays doivent aider le pays, et dans le cas de Kovacs le football roumain lui confie la tache de directeur technique national.

Contre toute attente, lors d’une visite officielle du président roumain à son homologue hollandais en mars 1973, N.Ceaucescu annonce à Kovacs qu’il peut décider seul de son avenir. Après avoir été informé de l’intérêt que lui porte le football français par l’intermédiaire de Jacques Ferran, Stefan Kovacs, malgré l’intérêt que lui portent de grands clubs européens (Benfical, AEK Athènes et l’Inter de Milan, mais le club italien se retire vite de la course car le règlement de sa fédération interdit l’engagement d’un entraîneur étranger), donne sa préférence au football hexagonal. Quelques jours plus tard, c’est Fernand Sastre, président de la Fédération et Georges Boulogne (sélectionneur auquel va succéder Stefan Kovacs) qui se rendent à Amsterdam discuter avec le technicien roumain.

C’est ensuite le début d’une idylle mouvementée entre un football français à la dérive et un technicien roumain qui rêve de conquérir la France comme l’ont fait l’écrivain Ionesco ou avant lui l’actrice Elvire Popesco. Dès le début, rien n’est simple. En effet, alors qu’il croit être définitivement à la tête des Bleus, Stefan Kovacs apprend le 9 août 1973 qu’il est nommé directeur technique du football roumain, avant d’être confirmé à 20 heures, mais à la tête du football français cette fois-ci pour un contrat d’un an. Très francophile comme de nombreux Roumains, Stefan Kovacs se sent investi de la mission de sauver le football et de qualifier les Bleus pour le prochain championnat d’Europe qui aura lieu en 1976 en Yougoslavie. Après une première victoire inaugurale contre les Grecs, la sélection française alterne le bon et moins bon avant d’entamer les phases éliminatoires pour le championnat d’Europe en septembre 1974.

Or, Stefan Kovacs a failli ne jamais disputer ces éliminatoires. En effet, alors qu’il vient de terminer sa première saison à la tête des Bleus et qu’il attend confirmation du gouvernement roumain pour la reconduction de son contrat, l’Etat roumain décide de faire de cet entraîneur international « une affaire d’Etat » selon l’Equipe. En effet, depuis le début de l’année 1974, des tensions existent en France avec l’ambassadeur roumain M.Flitan et un conflit franco-roumain est né, portant sur une série de problèmes économiques et politiques. De plus, au mois de mai 1974, une église parisienne, propriété de l’Etat roumain a été occupée de façon illicite sans que les forces de l’ordre n’interviennent, à la plus grande colère des Roumains. Ainsi, les relations politiques se sont tendues et Stefan Kovacs se retrouve au milieu de ces divergences. C’est alors qu’on l’annonce partant dans les journaux français. Sur ordre du président roumain, il a été nommé à la direction du football roumain le 6 août. Cette affaire n’émeut pas seulement les journalistes sportifs français, mais aussi des responsables politiques.

Cependant, épilogue heureux, on annonce le 8 août dans l’Equipe que Stefan Kovacs a été autorisé par le président N.Ceaucescu à travailler une année supplémentaire en France, pour le plus grand soulagement des supporters des Tricolores. On peut entendre Pierre Mazeaud, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, confier au micro de Thierry Roland pour France Inter : « je veux dire que le gouvernement français peut être fier d’avoir mené à bien cette opération, cela dans l’intérêt du sport et notamment du football ». Quelques heures plus tard, c’est le Premier ministre français en personne, Jacques Chirac qui évoque, sur les ondes de Radio Monte-Carlo, sa satisfaction d’être parvenu à conserver Stefan Kovacs en France : « Je tiens à vous dire combien je me réjouis pour la France -et notamment pour le football français- que M.Kovacs puisse rester en France. […] De toute façon, il n’y a pas eu là de discussion de compensation ; simplement je me réjouis que la Roumanie ait accepté de maintenir la présence de Kovacs en France et j’espère que l’équipe de France de football pourra ainsi voler de victoire en victoire, ce dont elle a besoin, et ce dont nous avons tous besoin ».

Durant les jours qui suivent, certains entraîneurs français et quelques dirigeants dénoncent le tapage médiatique de « l’affaire Kovacs » et le fait qu’on ait mêlé les hommes politiques à un problème d’une aussi petite importance. Toujours est-il que c’est bien Stefan Kovacs qui est sur le banc de l’équipe de France pour affronter la Belgique, l’Islande et la RDA dans le cadre des éliminatoires pour le championnat d’Europe 1976.
L’apôtre du « football total », qui était venu au chevet d’un football français à la dérive ne parvint pas à qualifier les Bleus pour l’Euro yougoslave, la défaite par deux buts à un des Bleus à Leipzig contre la RDA le 12 octobre 1975 sonnant le glas des espoirs tricolores. Celui qui reste encore aujourd’hui comme le seul sélectionneur étranger des Bleus laisse alors la place à son adjoint Michel Hidalgo, qui conduira la sélection tricolore vers son premier succès européen en 1984.

Laurent Bocquillon

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